Au coeur des poubelles

Publié le par Etre Là...

7h10

je sors le chien, ma cité se réveille, les rues commencent à s'animer.

Au niveau des poubelles qui n'ont pas été encore ramassées par les éboueurs, deux jeunes garçons se sont arrêtés, posant leurs vélo.

Ils commencent à fouiller dans les containers, évantrant les sacs pour en voir l'intérieur, à la recherche d'un truc à récupérer... un truc... un vétement, des chaussures, des yaourts dont la date est souvent juste périmée.

ils sont indifférents aux quelques passants, ne levant pas la tête. poubelles

 

Je suis obligée de passer à côté d'eux, et moi je suis mal à l'aise...

Honte de les savoir obligés de fouiller, dégout, tristesse, colère .... ??

 

J'ai envie de leur dire...

tout d'abord qu'ils devraient mettre des gants, car ils vont s'abimer les mains à fouiller de cette manière... c'est surement idiot comme réaction...leurs mains, ils les abiment tous les jours pour fouiller, ramasser, trier la feraille, mais aussi laver le linge à l'eau froide ou bricoler leurs cabanons...

 

ensuite qu'ils devraient essayer de ne pas en mettre partout, car les gens de la cité râlent de plus en plus de voir le contenu de leurs poubelles trainer au sol ; le gardien lui est aussi de plus en plus en colère... du coup il n'en faut pas beaucoup pour lancer des conversations devant l'immeuble contre "ces étrangers qui dégueulassent tout, ces romanichels qui feraient mieux d'aller voir ailleurs, ...." et d'autres propos toujours plus violents...

 

et puis... et surtout... que je trouve cela tellement injuste qu'ils soient obligés de faire ça pour vivre !!

 

Mais je ne dis rien... je cherche à croiser leur regard, mais ils restent concentrés sur les sacs, ouvrir, éventrer, fouiller... le regard dur, le regard fermé, le regard fuyant.

Je ne dis rien parce que je n'ose pas, mais j'ai honte de moi et de mon silence.

 

Alors que je les dépasse, le plus jeune sort la main du fond d'un sac, et en ressort une paire de lunettes de soleil... cassées mais elles semblent lui plaire... il les chausse, et improvise des poses comme s'il était devant un parterre de photographes... ils se marrent, et réenfourchent leurs vélo en direction d'autres poubelles, toujours en riant...  ne pas oublier que ce sont des enfants...

 

 

 

Edit : alors que j'écrivais ce texte ce matin, je trouve en arrivant ce mail du Collectif de soutien aux Familles Rrom de Roumanie qui fait écho à mon écrit...

 

Aux habitants du quartier de Liesse à Saint-Ouen l'Aumône
Des riverains du quartier de Liesse, à Saint-Ouen l'Aumône, ont lancé une pétition pour obtenir «  le démantèlement, dans les plus brefs délais, des bidonvilles qui sont des installations illégales de populations Est-Européennes (Roms, Serbes, etc…) ».
On en trouve le texte complet sur le site :
Autant l'on peut comprendre que les conditions de vie inacceptables des Rroms soient déplorées par les habitants les plus proches, qui en subissent les effets en retour, autant il nous semble grave de tout mélanger : les nuisances réelles (« nos poubelles sont fouillées, les sacs crevés »), et les suppositions (« nos transports en commun sont peut-être menacés à court terme »). La situation est assez fâcheuse comme cela pour qu'on n'en rajoute pas.
À vouloir, partout, chasser les Rroms, on finit par les amener à se concentrer «  sur des terrains délaissés » comme le précise la pétition. Cette politique de l'éloignement est une absence de politique qui nous conduit vers des impasses. Ce qui s'est produit à Sarcelles, à Argenteuil, ou ailleurs, se développe, à présent à Saint-Ouen l'Aumône, et se reproduira encore, en d'autres lieux, si l'on s'en tient à rechercher des expulsions mais pas de solutions !
Depuis des années, nous signalons que cette population ne peut, indéfiniment, vivre dans la précarité. Le long du Chemin de la Haute Vacherie, entre Pierrelaye et Liesse, de multiples fois, on a procédé, parfois par la force, à la dispersion voire à la destruction de bidonvilles.
Des familles, présentes dans l'Agglomération depuis les années 1990 (!) cotoient, à présent, de nouveaux venus, chassés de Seine-Saint-Denis ou venus de partout. Là, souvent, règne une ambiance et une vie sociale acceptables ; ici, au contraire, vivent en juxtaposition, des familles qui ne maîtrisent pas leur environnement et se conduisent mal. Leur abandon par les pouvoirs publics se paie du prix de désordres, notamment quand font défaut les éléments les plus essentiels de la vie quotidienne (eau, toilettes, poubelles).
Cela n'exonère nullement les Rroms de leurs responsabilités et ils ne peuvent ignorer que leur regroupement, pour se soutenir les uns les autres, nuit à leur réputation, mais il nous faut bien admettre que la question de fond n'est pas traitée : comment quelques centaines de personnes, dont de nombreux enfants, peuvent-elles, être laissées à elles-mêmes, déplacées sans cesse, sans aucune volonté de leur proposer des installations dignes et pérennes ? Dès lors que la situation administrative de ces Européens ne permet plus leur reconduite à la frontière, (la même situation se produisant, d'ailleurs, dans tous les pays de l'Union), il faut bien envisager de réaliser un accueil minimal respectueux des personnes concernées ( c'est-à-dire, bien sûr, des Rroms mais aussi de leurs voisins !) Or cela ne peut se faire sans recours à des moyens que la charité publique ne peut suffire à rassembler.
Tout récemment, le symbolique et scandaleux transport, en tramway de la RATP, de Rroms chassés de Saint Denis a levé le cœur de nombre de bonnes âmes, ému les journalistes nous rappelant de compararables pratiques, en 1944, mais toutes ces protestations n'ont rien réglé pour les « déplacés » du bidonville immédiatement détruit ! Ne nous laissons pas entrainer sur cette pente fatale de la stigmatisation et de la brutalité. Le temps est venu de ne plus limiter l'action publique à des mesures coercitives sans lendemains. La France doit prendre sa petite part de la misère, ville par ville, sans tout faire reposer sur les mêmes épaules. Régler cette question des Rroms étrangers en France (20 000 personnes seulement ) est à notre portée et notre pays a fait face, au cours du XXème siècle, avec réussite, à des difficultés bien plus grandes, avec des bidonvilles à résorber d'une toute autre taille !
Notre Collectif comprend qu'on puisse être irrité d'une telle situation mais demande qu'on en examine toutes les causes et pas seulement les conséquences pénibles. On n'en sortira pas, sinon, et nous nous enfermerons dans la violence, sans rien changer si ce n'est un déplacement inutile des problèmes.
Les Rroms ne se satisfont pas eux-mêmes de ne pouvoir ni travailler, ni scolariser leurs enfants, ni se soigner convenablement, ni se loger autrement que dans des conditions précaires. Si, Européens, ils ont leur place en Europe, quelle est-elle ? Où est-elle ? La réponse n'est pas : « ailleurs ! », car d'une ville à l'autre, ailleurs, devient... ici. Laisser la question irrésolue conduirait au pire.
Avec le soutien et la participation d’ASET 95, A.T.D Quart Monde,
la Ligue des Droits de l’Homme et le Secours Catholique.

Publié dans Enfants

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Guillaume 09/09/2011 11:35


Bonjour, Ca fait froid dans le dos... j'en ai des frissons et les larmes qui montent. Un grand bravo pour votre travail de volontaire, et pour votre belle plume très juste Une pensée pour tous les
délaissés et opprimés, par nos gouvernements qui n'ont plus grand-chose d'humain.