Notre vie à l'hôtel

Publié le par Etre Là...

Témoignage d'une maman qui vit avec sa famille à l'hôtel, suite à l'incendie de leur logement (écrit fin octobre 2007)


Nous sommes à l'hôtel Formule 1 depuis le 29 juin 2007 ; aucune autre solution ne nous a été proposée depuis ce 2 juin, jour où tout a basculé, où nous avons tout perdu, où notre appartement a brûlé. 7 ans de souvenirs partis en 1 minute.

C'est sûr qu'il est moins cher que les précédent, mais tout nous rappelle que c'est un hôtel de passage et surtout il est loin de tout.

On ne peut pas y vivre longtemps.


C'est arrivé au début des vacances scolaires. Avant, quand on avait notre appartement, on ne partait pas en vacances, mais ça passait. Les enfants jouaient dehors, nous allions en ville, nous allions voir le feu d'artifice et puis nous étions dans notre ville.

Alors que cet été à l'hôtel, éloignés de tout, sans voiture, ça s'est vraiment senti que nous ne partions pas en vacances.

Nous n'avons pas pu aller au feu d'artifice, pas de sortie en train, car de l'hôtel à la gare, c'est trop loin. Seule occupation pour les enfants, jouer sur le parking de l'hôtel, tout prêt d'une autoroute. Ou sortir avec moi jusqu'à la laverie.

Là, je me suis sentie vraiment exclue.


Pour 7, nous avons 2 petites chambres. Nous sommes toujours les uns sur les autres, On mange les uns sur les autres ; les enfants font leurs devoirs les uns sur les autres.

On vit 24 heure sur 24 les uns sur les autres.

Pour notre couple, on n'a plus d'intimité, on ne sait plus ce que c'est.

Nous n'avons pas non plus d'intimité pour l'hygiène. Pour aller aux toilettes ou prendre nos douches, nous devons passer après des gens qu'on ne connait pas, souvent c'est sale... on n'est pas habitué à vivre comme ça ! 


C'est difficile aussi pour se nourrir. En temps normal, manger de tout revient déjà cher pour un tout petit budget.

Là, c'est vraiment plus cher. Nous ne disposons que d'un petit mico onde, pas fait pour 7 personnes.

Nous faisons le plus simple, des plats surgelés ou des conserves déjà cuisinées, mais c'est cher et pas très bon.


Heureusement, les enfants vont à l'école. Enfin quelque chose de normal : les jeux, les copains, la cantine. Là au moins, ils mangent équilibré.

Mes enfants ne me font pas part de leurs sentiments, mais je sais que c'est difficile pour eux. Je sais que mon fils aîné ne veut pas parler de ce qu'il vit à ses copains. La honte sûrement.


Les gens me demandent tous les jours comment ça va. Pour ne pas m'étendre sur le sujet, je dis que ça va. Mais non ça ne va pas. Comment ça pourrait aller ?

Les gens me disent toujours « mais on ne peut pas vous laisser là ! »

Tout ça je le sais, on dirait qu'ils croient que je me plais à l'hôtel !

C'est bien de dire « il faut faire ci, il faut faire ça... » mais eux le soir ils savent qu'ils vont cuisiner, dormir chez eux.

Vous croyez que ça m'amuse de ne jamais rentrer avant 18h30, après avoir pris le train, puis le bus, puis avoir marché pendant une demi heure avec les enfants ?

De devoir attendre que les autres aient fini d'utiliser le micro-onde pour préparer à manger, parce que sinon ils soupirent derrière nous que ça dure trop longtemps ?

Et puis quels souvenirs vont garder mes enfants de leur enfance ?

C'est comme un trou dans leur parcours d'enfants.


Ce qu'il nous arrive, je ne le souhaite à personne.

Je veux remercier Marie, sans qui je passerais mes journées dans le train. Elle m'accueille chez elle chaque jour, et me fait vivre un peu de vie de famille : mettre la table, manger autour d'une table, débarrasser... Une vie normale.


Vivre à l'hôtel quelques jours pour les vacances, oui.

Mais plusieurs mois, non.


Je suis enfermée dans cet hôtel. Pas libre de mes gestes. Je ne suis pas chez moi. 

 

Publié dans Familles

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Prestigia 30/06/2014 18:20


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