Une nuit

Publié le par Etre Là...

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Ils vivent depuis des années dans la galère, de squats en hébergements, et sous la tente depuis quelques mois.

Ces derniers jours, il a énormément plu, et elle n'en peut plus, ses vieilles douleurs reviennent, elle en pleure tellement elle a mal au dos, elle qui fait toujours la forte, elle que rien n'atteind, elle que rien ne touche...

Alors ils ont décidé d'appeler le 115, et d'insister cette fois. Cela fait longtemps qu'ils ne l'ont pas fait, parce qu'ils connaissent la réponse par coeur : "désolée il n'y a pas de place pour les couples" "désolée mais c'est trop tard nous n'avons plus aucune place pour ce soir, rappelez demain"...

Depuis très tôt ce matin, il fait et refait le numéro sur son vieux téléphone portable, il veut trouver quelqu'un au bout du fil, il faut qu'il explique, il faut qu'il réussisse à convaincre...

Vers 10h il trouve quelqu'un qui lui demande de rappeler vers 12h

vers 12h il trouve encore quelqu'un qui lui demande de rappeler vers 15h

Vers 15h il a encore la chance d'entendre quelqu'un qui lui demande de rappeler vers 16h

pareil à 17h, 17h30, 17h45, 18h, 18h15, non cette fois il n'abandonnera pas... il ne supporte pas de la voir pleurer, de la voir avoir mal...

Enfin à 19h une voix qu'il entend mal au milieu du brouhaha de la rue lui indique que pour cette nuit, exceptionnellement, ils peuvent bénéficier d'une chambre d'hôtel dans une ville voisine...

ouf, le soulagement !

Il lui annonce la bonne nouvelle, et ils filent à grands pas jusqu'à leur tente pour prendre quelques affaires.

Mais lorsqu'ils arrivent, ils remarquent des hommes qu'ils n'ont jamais vu tourner autour du campement.... ils décident d'attendre quelques minutes, le temps de voir si ils s'en vont, mais non, les hommes tournent et rôdent près des tentes... ils sont inquiétants, ils sont menaçants pour les maigres trésors qui se trouvent à l'intérieur de ces toiles fragiles : quelques vétements, quelques victuailles, et surtout tous les papiers qui sont si importants pour essayer de s'en sortir...

Alors voilà, il faut faire un choix, très rapidement... et le choix est vite fait : tant pis pour l'hôtel,tant pis pour le froid, la fatigue, le mal de dos... cette nuit ils resteront là, ils ne peuvent pas prendre le moindre risque...

Cette nuit ils dormiront encore d'un oeil sous leur petite tente.

Publié dans Sans Abris

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cpolitic 20/05/2010 20:52


Bien beau et triste récit

Bien Amicalement,
Cpolitic


Jo Lind 11/05/2010 22:08


Salut Claire!
Je voulais te dire un énorme bravo pour ton blog. Tes mots sont justes, archi justes, et malgré les difficultés et la galère dont tu témoignes pour ceux qui n'ont pas la possibilité de le faire
(parce qu'on ne les écoute pas, parce qu'il ne peuvent pas, parce que... tu connais tout ça mieux que moi...) ça donne des forces pour continuer à se battre, auprès de ceux qui galèrent. Les
témoignages sont vraiment fort. Merci pour ce travail que tu fais. Et à bientôt j'espère?
Jo-Lind


dablo 10/05/2010 14:49


pour ma part je dis merci pour ces articles les sdf meritent teellement qu'on en parle tres belles histoires qui donne ESPOIRE mais c'est deja bien fallait le faire alors bravo claire continue